dimanche 2 octobre 2016

Avertissement

Normalement, dans un blog, les articles les plus récents sont ceux qui apparaissent en premier, les plus anciens étant accessibles à la fin par un menu déroulant.
Par contre, pour faciliter la lecture, les articles de ce blog, maintenant terminé, sont classés par ordre chronologique.
Pour cela, les dates d'édition ont été modifiées, les articles plus anciens devenant les premiers à la lecture. Ce qui fait que la mention de bas de page "articles plus anciens" renvoie en fait aux articles plus récents.

GR 13 L'introduction de Jean-Marie Mengin





GR 13

Sentier Forêt de Fontainebleau - Morvan

(Carrefour du Coq – Signal de Mont)

-418 km-


Le GR 13 a été inauguré officiellement le 24 mai 1973.

Le GR 13, au départ de la forêt de Fontainebleau, parcourt le Bassin parisien à travers le Gâtinais, la Puisaye, l’Auxerrois et la vallée de la Cure. Il atteint le Massif central en pénétrant dans le Morvan qu’il traverse du nord au sud.
Ce faisant, il passe dans le parc naturel régional du Gâtinais français. Il traverse complètement le parc naturel régional du Morvan.

J’ai parcouru ce sentier, seul, de novembre 2006 à avril 2010, retrouvant aux étapes midi et soir Viviane ainsi qu’Oscar (jusqu’à sa mort).



Samedi 18 novembre 2006 : Carrefour du Coq – Villiers-sous-Grez.

C’est au carrefour du Coq (84 m), dans la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne) que débute le GR 13
Au départ de la maison forestière de la Faisanderie, l'allée longe des installations de loisirs et un centre équestre. La Faisanderie était à l'origine un élevage de gibier utilisé par tous les rois, réaménagé ensuite par Napoléon III. Le GR rejoint la Nationale 7 à proximité du carrefour de l'Obélisque, immense rond-point au sud de la ville de Fontainebleau.
A 10h, je m’engage avec Viviane et Oscar entre la  N152 et la N7 dans une allée forestière aux couleurs automnales. Le raffut provoqué par le trafic automobile parcourant la forêt subsiste longtemps en bruit de fond. 
Chênes, hêtres et pins sylvestres rendent la forêt flamboyante.
Exploitée depuis le XIe siècle, aménagée par Colbert, la forêt de Fontainebleau est située à deux pas de Paris. C'est probablement ce qui explique son statut de troisième site le plus visité de France, accueillant chaque année treize millions de visiteurs. La forêt qui s'étend sur plus de 17000 hectares fait, il est vrai, l'objet d'une attention particulière en termes de conservation.
C’est en arrivant sous le rocher du Mont Morillon que Viviane et Oscar rebroussent chemin.
Je m’engage dans le chaos rocheux, contourne les blocs de grès, m’insinue entre les rochers…
Célèbre pour ses formations rocheuses aux formes étranges, la forêt de Fontainebleau a la particularité de reposer sur une couche sableuse vieille de 35 millions d'années. L'érosion a dégagé des couches de grès aux formes originales et la nature du sol a permis richesse et diversité des végétaux et de la faune, en particulier des espèces d'insectes.
Le GR rejoint la route de Médicis, contourne le mont Morillon et gagne le rocher des Demoiselles qui culmine à 126 m. Le sentier se faufile entre les blocs, se glisse sous les rochers. A la sortie du chaos, il se poursuit par routes et carrefours. Ici, tous les chemins et toutes les allées sont appelés routes. Maintenant la forêt est devenue silencieuse. Les rayons de soleil s’insinuent sous le feuillage d’automne. Au carrefour des Sept Pins, je croise un groupe de randonneurs. Par la mare aux Fourmis, je quitte la forêt domaniale pour pénétrer dans le parc naturel régional du Gâtinais français.
L’appellation « Gâtinais français » a une double explication : tout d’abord géologique, puisque ce territoire tirerait son nom des terres sablonneuses qui le composent, les « gâtines », propices aux clairières et aux landes, mais aussi historique, car il correspond à une partie de l’ancien Royaume de France.
Par le bois de la Glandée, je débouche en lisière. Viviane m’attend avec Oscar dans notre fourgon Boxer aménagé en camping-car, près des premières maisons de Recloses.
Nous mangeons sur place dans la camionnette, porte grande ouverte au soleil.

Je traverse Recloses dans l’après-midi, chemine entre les murets et les ruelles du village. Par le chemin de la Butte Blanche je longe les rochers de Recloses. Je passe à côté de la mare Marcou, je poursuis jusqu’aux rochers de la Vignette que le sentier va longer. Le jour baisse lorsque j’arrive à Villiers-sous-Grez. Je traverse le village, longe des propriétés bien cachées derrière les murs d’étroites ruelles. Au sud de l'agglomération, le GR 13 grimpe sur une butte forestière par un chemin de sable gris qui serpente encore entre des rocs de grès vers la grotte du Curé et le rocher Saint-Etienne.
Descente jusqu’à une petite route à la sortie du village, où Viviane m’attend.

Nous retournons pour 17h30, à la tombée de la nuit, au camping de Boulancourt où nous avons déjà passé la nuit dernière. 

Dimanche 19 novembre 2006 : Villiers-sous-Grez – Larchant.

Petite bruine à Villiers-sous-Grez ce matin.
Je m’éloigne à 9h45 dans une forêt d’automne humide, passe sous l’ouvrage de l’autoroute A6, longe à nouveau une zone rocheuse et traverse le hameau de Busseau. 
J’atteins la forêt domaniale de la Commanderie. Le GR passe d’abord au massif rocheux du Maunoury. Il chemine jusqu’au rocher de Dame Jouanne, site d’escalade très connu non seulement des grimpeurs mais aussi des touristes, but de promenade dominicale. La Dame Jouanne est le plus haut rocher naturel de la région parisienne (15 mètres). Suite à des analyses géologiques réalisées en 2001, le massif est partiellement interdit. Un ponton permet de sécuriser le passage sous une zone où les versants érodés ne sont pas stabilisés. On mesure l’ampleur des dégradations dues au cheminement de millions de visiteurs.
Le massif de Larchant est un terrain tertiaire. Sables et grès de Fontainebleau sont largement apparents dans l’échancrure du plateau de Beauce que forme le « golfe de Larchant ». La forêt est composée en majorité de pins sylvestres et maritimes.
Le grès est exploité depuis 1330. Dès le XVIe siècle, il sera exploité pour le pavage des rues de Paris. En 1831, on embarque encore 3 000 000 de pavés.
Fin du XIXe siècle, sous la pression des artistes, on restreint l'activité carrière qui comptait alors 2000 hommes. En 1907, la dernière exploitation ferme. Aux Trois-Pignons, on ferme en 1983.
Le sable très fin et pur est exploité pour les verreries dès 1640. On l'exploite toujours en lisière (Bourron-Marlotte).
Le chalet Jobert, où l’on peut boire, manger et pique-niquer fut longtemps le repaire d’un clan de grimpeurs célèbres. Il sert actuellement de point de base. D’ailleurs, vers 11h, le parking commence à s’animer. Un soleil timide fait sa réapparition. Je pense avec effroi à ce que doit être cet endroit en plein été…
Le sentier passe alors successivement au mont Simonet, au rocher de la Justice et au site de l’Eléphant : site fameux à cause d’un immense et curieux rocher qui ressemble vraiment à un éléphant avec les yeux, la trompe et les oreilles.
De nombreux groupes et écoles d’escalade prennent d’assaut les rochers.
Bientôt le GR, délaissant le sable gris et les rochers, s’éloigne dans la solitude. Je débouche vers midi sur le village de Larchant où se détache l’impressionnante tour de l’église.
Viviane me rejoint au débouché de la forêt. Nous mangeons sur place dans le Boxer.

L’après-midi,  nous  visitons  Barbizon, village de peintres  du  XIXe siècle  ayant donné naissance à  l’« école de Barbizon ».
Nous effectuons ensuite notre trajet de retour vers Saint-Fargeau, en Bourgogne (département de l’Yonne) où nous habitons depuis juin.

*****

Dimanche 18 mars 2007 : Larchant – Poligny.

Nous avons passé la nuit au camping de Boulancourt.

A 9h, je débute une marche sur le GR 13, traversant le village de Larchant.
L’église Saint-Mathurin, du XIIe siècle, est mutilée. La nef et la haute tour sont en ruine alors que le chœur gothique est toujours utilisé comme église.


Je quitte le village par un chemin sableux sous une pinède. Après être passé devant un centre équestre, j’entre en forêt. Des pancartes « non à l’expropriation », ponctuent le parcours : opposition de propriétaires forestiers privés à une expropriation dont je ne connais pas le motif.


Le GR 13 quitte le parc naturel régional.
Le sentier se dirige vers un amas rocheux qu’il contourne, la roche du Paradis. Il traverse ensuite un autre chaos, le mont Sarrasin : circonvolutions et passages parfois acrobatiques sous les rochers.



Le GR débouche dans le village du Puiselet. Peu après il rejoint à nouveau la forêt qu’il arpente par un escalier en rondins. Il côtoie un site d’escalade puis un parcours sportif avant d’arriver au panneau d’agglomération à l’entrée de Saint-Pierre-lès-Nemours.
Le sentier effectue encore un parcours forestier au milieu des rochers Gréau (massif aux portes de Nemours). Un chien m’accompagne pendant un moment. Les circonvolutions dans les rochers font que je tourne en rond. Je repars en sens inverse et je ressens une impression de « déjà vu » devant le panneau de St-Pierre. Alors, par la route, je rejoins Viviane et Oscar près de l’église où nous avions rendez-vous.
Il pleut maintenant. Nous repartons nous installer à l’entrée de l’agglomération, sous les arbres, pour manger dans le camping-car.

Par la suite, nous traversons Nemours en voiture, suivant en cela  le tracé du GR 13.
La capitale historique du Gâtinais était Château-Landon. Par la suite, les deux « capitales » sont devenues Montargis (pour le Gâtinais orléanais) et Nemours (pour le Gâtinais français).
Nemours est une belle ville avec son château d’origine du XIIe siècle, ses lavoirs et ses ruelles. Nous traversons le pont sur le Loing, et Viviane me dépose à la sortie de la ville, rive droite, à l’entrée de la forêt communale de Nemours. Il pleut toujours légèrement.
Le GR 13 serpente à nouveau dans des rochers. Des arbres calcinés témoignent des vestiges d’un incendie. Le sentier traverse un nouveau chaos rocheux jusqu’à rejoindre le « chemin de Nemours à Poligny » où il parcourt un taillis de jeunes bouleaux.
J’atteins à 17h15 Poligny, un village à l’orée de la forêt. C’est vers l’église que je retrouve Viviane.

Nous cherchons un endroit pour la nuit. Nous nous installons au bord du canal, près de l’entrée d’un camping encore fermé, à Bagneaux-sur-Loing.

Lundi 19 mars 2007 : Poligny – Château-Landon.

De retour à Poligny, je me mets en route à 8h30.
Il fait froid, le vent souffle ; quelques flocons de neige, sans suite…
Le paysage change complètement au sortir de Poligny. Je chemine dans des étendues agricoles sans repère. A l’entrée de Coudray, j’atteins une carrière de calcaire. On y entend des tirs de mine.
Un chemin en sous-bois où poussent des jonquilles s’abaisse vers la vallée du Loing. Je gagne la RN7 que je vais longer jusqu’à Souppes-sur-Loing, parmi le raffut automobile de ce grand axe pour Parisiens.
La vallée du Loing est considérée comme le centre du Gâtinais.
Je traverse toute l’agglomération puis la voie ferrée. J’emprunte un étroit passage entre deux murs et je me dirige vers le lit du Loing, occupé par des campings, des plans d’eau et des espaces verts. Un pont SNCF me fait franchir la rivière puis le canal attenant. Je longe le canal pendant 2 km vers le sud, rive gauche, en sous-bois puis sur le chemin de halage.
Au niveau de l’écluse des Grands Moulins, le GR 13 emprunte la route qui monte à Mocpoix. Après la traversée du village, il se poursuit en un sentier en descente vers la vallée aux Moines et gagne Château-Landon.
Le soleil est revenu entre-temps. Viviane m’attend au débouché du GR à 11h30.
Nous mangeons sur place dans le fourgon, derrière un bosquet.

*****

Samedi 12 mai 2007 : Château-Landon – Brise-Barre.

Arrivés aux abords de Château-Landon, nous mangeons dans le camping-car derrière le bosquet où j’étais parvenu en mars.
Dans l’après-midi, nous traversons en Boxer Château-Landon, longeons les murs de l’ancienne abbaye. Viviane me dépose à la sortie sud de la ville sur les berges du Fusain.

J’emprunte une jolie promenade le long du cours d’eau. Les jardins de belles propriétés descendent vers la rivière et se terminent par des lavoirs au bord de l’eau. Certains de ces lavoirs sont remis en valeur, d’autres sont oubliés dans la végétation. Le GR serpente dans un parc public ombragé puis s’éloigne dans la campagne. Des rangées de coquelicots délimitent les champs de céréales.


Boucle vers l’est, sans repère à travers champs puis dans des bois jusqu’à Heurtebise. Après ce hameau, le GR 13 atteint une route départementale qui enfile dans toute sa longueur le village de Néronville et gagne le pont de Dordives, sur le canal du Loing.
Ici passe la limite départementale. Le GR 13 quitte l’Ile-de-France pour pénétrer dans la région Centre (département du Loiret). Il se poursuit le long du canal pendant 2 km. A hauteur du pont suivant, il bifurque, monte sur le plateau et contourne la propriété du château de Toury.
A un angle de la forêt, Viviane et Oscar parviennent à ma rencontre. Nous allons poursuivre ensemble entre les champs de céréales et la lisière de la forêt. Après une antique croix de pierre, le chemin descend vers le canal et gagne Brise-Barre, un hameau situé à l’entrée de Nargis. On retrouve le Boxer, mais on ne passe pas inaperçus, surveillés que nous sommes par la bonne femme d’en face qui avait déjà surveillé Viviane à son arrivée !

Nous roulons ensuite pour chercher un camping. On ira s’installer à Ferrières-en-Gâtinais où nous passerons la soirée et la nuit au camping municipal.

Dimanche 13 mai 2007 : Brise-Barre – carrefour du Sanglier.

De retour à Brise-Barre, nous sommes à nouveau observés attentivement pendant tout le temps où je me prépare. Depuis la maison, et même depuis le verger de l’autre côté de la route, pour mieux voir…
Le GR 13 s’élève à travers prés, fait un large détour pour éviter la route avant de rejoindre Nargis. J’effectue cette portion avec Oscar. On traverse le village, on aboutit à une impasse de petites maisons basses coincées contre le canal. Par le chemin de halage, on parvient au pont qui enjambe la voie d’eau. Viviane nous attend en bord de route. Ensemble, nous franchissons en Boxer la vallée du Loing, gagnons la rive droite à Fontenay-sur-Loing dont nous dépassons les lotissements.
Je continue à pied sur une allée toute droite qui gagne un bois de peupliers. Derrière les arbres, j’aperçois le camping où nous avons passé la nuit. Je franchis la Cléry sur une passerelle, traverse Ferrières-en-Gâtinais, ancienne capitale religieuse du Gâtinais, village médiéval harmonieux avec une  église abbatiale classée Monument historique.
A la sortie du village, je rattrape un groupe de randonneurs qui s’engage comme moi entre prés et bois. Je mets du temps à doubler tout ce monde. Le sentier se dirige vers la zone humide inondable de la Cléry, contourne le village de Griselles et atteint le Moulin des Aulnes. Le site est aménagé en gîte et maison d’hôte sur la Cléry, dans un environnement frais et ombragé. Viviane et Oscar m’y rejoignent et nous gagnons ensemble Bois-le-Roi après une jonction avec le GR 132.
Nous mangeons dans le camping-car à la sortie du village.

Le sentier va parcourir maintenant la forêt domaniale de Montargis, poumon vert du Gâtinais.
La forêt s’étend sur 4061 hectares d’un seul tenant, avec une seule et unique clairière, en son centre, d'une superficie de 232 hectares : le village de Paucourt, délimité par un « fossé périmètre ». Cette clairière a une histoire bien particulière. Elle doit son existence à un défrichement néolithique remontant à 5000 à 2500 ans avant J-C.
Appelée « Buisson de Paucourt » jusqu'à la fin du XVIe siècle, la forêt de Montargis est un lieu foisonnant d'histoires et de légendes.
C'est essentiellement une forêt de feuillus, où cohabitent chênes, charmes et hêtres. Le chêne y est l'arbre roi. Sur son flanc ouest, plus sableux et filtrant, des pins sylvestres, laricio et douglas ont été implantés au XIXe siècle. 
Je m’engage dans cette forêt de plaine parcourue de routes et allées perpendiculaires et parallèles. Je longe une zone humide et marécageuse que colonisent des espèces végétales spécifiques.


Après le carrefour de Bourgogne, je passe à la Pierre du Gros Vilain. C’est un petit menhir néolithique de 1,80 mètre de hauteur, constitué de poudingue à silex, qui témoigne d'une occupation humaine fort ancienne de la forêt de Montargis. Datant de 5000 à 2000 ans avant J-C, il fut certainement érigé lors du défrichement de la forêt qui a donné naissance à la clairière de Paucourt.
Derrière le menhir, par un léger dénivelé, le GR descend en un étroit sentier forestier et rejoint une des allées rectilignes. Traversant la route de la Fontaine aux Lorrains, il atteint le carrefour du Sanglier, sur la route traversière menant à Paucourt. J’y retrouve Viviane et Oscar.

*****

Samedi 15 mars 2008 : Carrefour du Sanglier – canal de Briare.

Dix mois plus tard.
Nous avons passé la nuit dans la nature, aux abords de la forêt de Montargis.

A 8h45, je commence à marcher sur le GR 13 dans la forêt de Montargis au départ du carrefour du Sanglier. La forêt est encore hivernale, mais il y règne une atmosphère de printemps.
Parcours dans des allées rectilignes par le carrefour du Marchais blanc, le carrefour de la Réserve, le carrefour de la Paix. Je franchis la RN 60, et bientôt par un sentier plus sinueux je sors de la forêt.
Là, c’est vraiment le printemps. La température est douce, le soleil est agréable, les haies d’aubépines sont en fleurs. Le GR 13 se poursuit dans la campagne parmi les prés, bosquets et hameaux du Gâtinais. A l’orée du bois des Pohuts, un pivert s’envole, d’un rire sonore, d’une cavité creusée dans un chêne. Un peu plus loin sur le flanc d’un talus, je remarque les cônes de déblais de deux bouches d’entrée d’un terrier de blaireaux.
J’aperçois de loin, dans ces étendues faiblement vallonnées, le Boxer où m’attend Viviane. J’arrive au fourgon accompagné d’un chien golden retriever qui a cru bon de me précéder. Je ne sais pas trop pour qui de nous deux Oscar, nous apercevant, remue la queue.
Il est 11h45. Nous mangeons dans le fourgon.

Après une sieste, je poursuis mon chemin à 14h30. Une passerelle détruite m’oblige à faire un détour. A l’entrée de Conflans-sur-Loing, le GR 13 franchit l’Ouanne peu avant son confluent avec le Loing. Le sentier va se poursuivre au travers de la zone inondable entre les deux rivières, où dominent les peupliers envahis de lierres et de guis. Aux abords des fermes de Toisy, il franchit le Loing par une étroite passerelle piétonne. Je m’y assois un instant pour manger une pomme et boire un peu d’eau. Le ciel s’est couvert peu à peu, le temps devient plus humide à la faveur de quelques bruines.
Bientôt le GR rejoint le canal de Briare.
Le canal de Briare, commencé en 1604 sur l'initiative de Sully et terminé en 1642 après bien des péripéties, est le premier canal de jonction construit en Europe. Il a donc facilité grandement le commerce fluvial entre la Loire et la Seine. Long de 57 km, avec 32 écluses, il unit le canal latéral longeant la Loire au canal du Loing.
Escaladant le talus, je prends pied sur l’ancien chemin de halage à hauteur de Montcresson. Sur l’autre rive, une péniche emprunte un bras du canal pour venir s’amarrer devant un silo à céréales.
Je vais marcher encore trois kilomètres sur le chemin de halage. Viviane et Oscar viennent à ma rencontre. A 17h30, à hauteur d’un pont qui franchit le canal, nous retrouvons le camping-car, garé au bord de l’eau sur le GR.

Nous allons passer la soirée à cet endroit. Plus tard, je sors avec Oscar pour une balade de nuit. Des batraciens qui traversent la route intriguent le chien. C’est l’époque de la reproduction. Grenouilles et crapauds rejoignent les mares de leur naissance.

Dimanche 16 mars 2008 : Canal de Briare – St-Maurice-sur-Aveyron.

A 9h30, je quitte les lieux en même temps que Viviane. Je reprends ma progression sur le GR 13 le long du canal de Briare. Une passerelle sur le Loing, par où devait bifurquer le sentier selon la carte de randonnée au 25000ème, est en lambeaux, impraticable. Le balisage  m’entraîne en un long détour le long du canal jusqu’à Montbouy avant de franchir le Loing et de remonter vers le nord par le hameau des Lorrains, pour récupérer l’ancien itinéraire à la croix de la Garde.
Le sentier se poursuit dans les cultures du Gâtinais. Là, retentissent les trilles mélodieux de l’alouette des champs suspendue dans le ciel, avant que l’oiseau ne se laisse choir dans la prairie.
Un soleil timide part en lambeaux. Des giboulées bruineuses prennent le relais.
Le GR 13 abandonne l’orientation générale nord-sud qu’il suivait depuis son origine pour se diriger maintenant vers l’est.
Par un détour à travers champs, je franchis sur une passerelle l’Aveyron (oui, on est bien dans le Loiret !) et je traverse La Chapelle-sur-Aveyron.
Maisons à pan de bois ou aux encadrements de briques rouges.
Le pan de bois hourdé de torchis, sur solin de rognons de silex ou de briques, a été le matériau de construction des bâtiments ruraux en Sologne, en Puisaye, dans le Perche, en Gâtinais et dans le Pays Fort jusque vers 1840. A partir de cette date, la brique s'est généralisée.
A la sortie du village, je passe à nouveau un gué doublé d’une passerelle, pour entrer dans un hameau en partie ruiné en cours de réhabilitation. Un détour boueux à travers champs me mène au lieu-dit Gué Pinard puis une petite route au Grand Carrouge. A partir de là, un petit chien m’accompagne sous la pluie et les bourrasques pendant deux kilomètres et ne semble pas vouloir me quitter. Lorsque je retrouve le Boxer à Bel-Air, à l’entrée de Saint-Maurice-sur-Aveyron, le chien me perd de vue, me cherche un moment puis rebrousse chemin d’un air résigné.
Il est 12h30. Nous mangeons dans le fourgon. Je fais une petite sieste.
Le mauvais temps ne m’engage pas à continuer.

Nous rentrons alors à Saint-Fargeau. On s’est rapproché : il ne reste plus qu’une demi-heure de trajet.

*****

Samedi 22 mars 2008 : St-Maurice-sur-Aveyron - D64 (la Bruyère).

C’est le week-end de Pâques.
Vers 15h30, Viviane me dépose à la sortie de St-Maurice-sur-Aveyron.
Je commence à marcher sous un ciel incertain, pas franchement engageant : alternance de nuages et de soleil timide. Petite route qui longe l’Aveyron sur sa rive droite jusqu’au hameau de Fontainejean. Un pont enjambe la rivière en face d’une abbaye cistercienne du XIIe siècle. C’est une propriété privée qui ne se visite pas : quelques ruines dont une partie réhabilitée avec de grandes baies vitrées.
Je poursuis à travers les gâtines. Les chemins sont boueux, après les pluies de la semaine. Je franchis le gué de Maurepas sur une passerelle. Je gagne l’étang des Loges, saturé, qui déborde. Je fais une pause pour manger une pomme sous des nuages menaçants. En fait, il ne se passe rien, car les nuages se délitent. A travers champs et bosquets, j’atteins une lisière qui se trouve être la limite entre les départements du Loiret et de l’Yonne. Le sentier se poursuit le long d’une haie, d’une lisière et enfin pénètre dans l’Yonne, en Bourgogne.
Je débouche à 18h sur la départementale 64, entre Chambeugle et Marchais-Béton, à hauteur de la ferme de la Bruyère. Viviane n’a pas osé me rejoindre, vu l’état des sentiers.

Nous allons passer la nuit au camping de Charny, à moitié inondé par la crue de l’Ouanne.


Dimanche 23 mars 2008 : D64 – La Ferté-Loupière.

Aujourd’hui, je vais randonner sur le GR 13 en Puisaye.
La Puisaye est un plateau boisé argileux, entaillé de vallées bocagères, terroir d’étangs et de clairières, de sources et de sous-bois, décrit par Colette (née à St-Sauveur-en-Puisaye en 1873). L’artisanat reste actif avec les ateliers de poteries en grès.
Il a neigé pendant la nuit. Le soleil va toutefois en faire disparaître assez rapidement les quelques traces éparses dans les champs.
Après la ferme de la Bruyère, premier passage d’un ruisseau en crue au milieu des prés. Un poteau électrique en béton couché dans le courant permet de le traverser à fleur d’eau. L’itinéraire se poursuit à travers prés et champs sur chemins boueux ou petites routes. Trois chevreuils gagnent une lisière à mon approche.
Le sentier débouche aux petits Naudins dans la vallée de l’Ouanne. La rivière est en crue. Une première passerelle me permet de la franchir, mais je ne suis pas tiré d’affaire pour autant : les prés sont inondés. Que faire ? Un détour de 3 km par un pont plus au sud, ou passer tout droit à travers prés. Je choisis de traverser l’inondation. Bientôt j’ai de l’eau presque jusqu’aux genoux ; je m’écorche le visage et les mains en essayant de me stabiliser dans les haies d’aubépine. Après quelques centaines de mètres, j’atteins une seconde passerelle.
Une fois hors de l’eau, je retire mes chaussures pour une opération d’essorage des chaussettes. Mais il faut continuer. Je débouche sur la route départementale menant à Charny, et je franchis la ligne du cyclo-rail de Puisaye. L’ancienne ligne de chemin de fer Montargis – Toucy a repris du service grâce à un système ingénieux de wagons-vélos permettant de parcourir la ligne et découvrir les paysages de Puisaye, au départ de Villiers-Saint-Benoît. Viviane et moi l’avons d’ailleurs empruntée l’été dernier.
Sur ces entrefaites, je rencontre un marcheur qui a préféré faire le détour plutôt que de se risquer dans les inondations.
Au sortir d’un bois, je retrouve Viviane et Oscar. Nous mangeons dans le Boxer au bord d’une route peu fréquentée, aux abords du bois du Petit Montigny.

Lorsque je repars dans l’après-midi, je rencontre quelques promeneurs qui profitent du soleil de cette fraîche journée de Pâques. Je longe une propriété originale, sillonnée par les rails d’un petit train, avec une gare, une voie de garage et du matériel récupéré à la SNCF. On est peut-être chez un ancien cheminot, probablement un passionné !
J’entre dans les bois et je débouche en soirée à La Ferté-Loupière. Situé à la porte septentrionale de la Puisaye, ce village est implanté au creux de la vallée du Vrin, adossé aux plateaux boisés. Son église abrite la plus célèbre fresque murale de la Puisaye, l’une des six danses macabres que l’on connaisse en France.
Viviane arrive à ma rencontre avec Oscar. Elle est frigorifiée d’avoir attendu dans le fourgon toute la journée.

Comme nous n’en sommes pas loin, nous rentrons dormir à Saint-Fargeau.


Lundi 24 mars 2008 : La Ferté-Loupière – Chassy.

Il a encore neigé cette nuit. Les champs sont recouverts d’une fine pellicule blanche.
Viviane me dépose à la sortie de La Ferté-Loupière. J’arpente une petite route, je traverse quelques hameaux et je pénètre dans la forêt d’Aillant : cinq kilomètres dans une forêt hivernale enneigée. Grésil et pluie alternent sur le parcours. Les ornières des chemins sont inondées.
Sortant de la forêt, je débouche sur les riches terres agricoles de l’Aillantais. Ce n’est plus la Puisaye, le bocage a disparu. Seules de vastes étendues de champs monotones subsistent à perte de vue, coupées par l’alignement des arbres de la route départementale qui relie Toucy à Joigny. Les chemins sont boueux ; la terre colle aux chaussures.
J’arrive à Chassy vers midi. Je retrouve Viviane au village. Nous décidons de rentrer à la maison.

*****

Samedi 29 mars 2008 : Chassy – St-Georges-sur-Baulche.

Ce matin, au départ de Chassy, la journée s’annonce ensoleillée. Le sentier s’éloigne dans les champs derrière une bâtisse forte, le Château. Il longe une lisière pendant trois kilomètres jusqu’à St-Maurice-Thizouaille. Les chemins sont encore boueux, et par endroit les ornières inondées obligent à des détours. Après le village, le GR s’engage au travers de vastes étendues agricoles qui commencent à verdoyer, au large des hameaux de Mormont et Chaillot. Il débouche sur une route sans repère qui serpente au milieu des champs. Viviane m’attend dans un virage.
Nous mangeons non loin de là, au débouché d’un chemin agricole. Un jeune flic qui passe dans sa voiture personnelle s’arrête et note ostensiblement notre numéro d’immatriculation. Un peu de zèle, ou le besoin de se donner de l’importance ?

Je poursuis mon chemin dans l’après-midi, franchis la D89 et atteins Charbuy. Le tracé s’insinue aux abords des lieux-dits et lotissements, emprunte une promenade au long des jardins et des étangs et s’éloigne à nouveau dans la campagne entre labours et étangs de pêche. Pénétrant en forêt, il rejoint une ancienne voie ferrée. C’est là que le GR 13 rencontre le GR 213 (liaison GR 2 – GR 13) qui se termine là, à la jonction des deux sentiers. A l’entrée d’une propriété privée, le passage est interdit. J’ai appris hier soir par hasard, lors de l’AG du comité départemental de la Randonnée pédestre de l’Yonne que le passage était en cours de révision. Le GR passait sans autorisation sur cette propriété privée. Suite à l’interdiction du propriétaire de l’emprunter, un nouveau chemin est en cours de création. Mais la déviation n’est pas encore balisée. Je continue mon chemin sans encombre ; je rencontre d’autres promeneurs, d’ailleurs, sur le sentier toujours boueux. L’itinéraire sort de la forêt, longe un manoir ; puis il atteint une zone de loisirs à l’entrée de St-Georges-sur-Baulche.
Viviane et Oscar m’attendent là, en bordure du ru de Baulche, à côté d’un terrain de pétanque occupé par des joueurs.

Nous allons rester là pour la nuit. Je jouerais bien aux boules moi aussi, mais Viviane n’a pas l’air décidée. Nous mangeons dans le fourgon. La nuit tombe. 
Je ferai par la suite une balade avec Oscar jusqu’à l’orée de la forêt. 

Dimanche 30 mars 2008 : St-Georges-sur-Baulche – Vaux.

Nous sommes passés cette nuit  à l’heure d’été.
A10h, je m’éloigne dans les champs par un chemin de haies. Je contourne de loin St-Georges-sur-Baulche et je me dirige vers les faubourgs sud-ouest d’Auxerre. Je traverse la route qui relie Auxerre à Orléans. Par un passage aménagé, le GR 13 atteint la Coulée verte, un sentier urbain qui emprunte l’ancienne voie ferrée Auxerre-Gien et contourne la ville. Promeneurs et sportifs se croisent sur le remblai.
Au sud d’Auxerre, jonction avec le GR 654, l’une des voies historiques de St-Jacques-de-Compostelle (voie de Vézelay). Les deux GR s’éloignent de l’agglomération le long d’une zone pavillonnaire et s’engagent résolument à travers champs sur un chemin goudronné tout droit.
Le paysage commence à changer. Des vergers de cerisiers et bientôt des vignes apparaissent. L’itinéraire passe par une succession de coteaux calcaires d’où l’on découvre un paysage nouveau : la vallée de l’Yonne et les coteaux de l’Auxerrois.
Viviane et Oscar sont venus à ma rencontre. Ensemble, dans un virage de la route, nous empruntons un chemin herbeux qui descend en pente raide. On bénéficie d’une vue splendide sur la vallée de l’Yonne. Il est 13h. On aboutit à Vaux.

Avec le Boxer, nous retournons sur la route agricole d’où nous provenons. Nous mangeons aux abords d’un verger de cerisiers. Dans l’après-midi, le temps change et la pluie commence à tomber. Nous repartons pour Saint-Fargeau.


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Samedi 27 septembre 2008 : Vaux – Cravant.

Viviane me laisse vers 11h sur la place de Vaux.
Le GR 13 et le GR 654 franchissent le pont sur l’Yonne et gagnent le bord de la rivière. Un agréable chemin de pêcheur remonte le long de la rive droite jusqu’à Champs-sur-Yonne. L’itinéraire traverse la ville puis s’éloigne en montant sur le coteau. Direction générale sud-est.
Trajet dans les cerisaies et les vignes des coteaux de l’Auxerrois. On est ici en pleine Bourgogne des vignobles.
Le vignoble auxerrois a une origine qui remonte aux premiers siècles de notre ère. Jouissant dès le Haut Moyen Age d’une grande renommée, et bénéficiant des facilités de transport de l’Yonne navigable, il a connu jusqu’au siècle dernier une remarquable prospérité. Actuellement le vignoble est concentré dans deux zones : la vallée du Serein autour de Chablis et la vallée de l’Yonne au sud-est d’Auxerre.
Le sentier serpente dans le vignoble. Je picore quelques grains de raisin.
Bientôt j’atteins la route de Saint-Bris-le-Vineux. A proximité, je rencontre Viviane installée au soleil avec Oscar à côté des vignes. Nous mangeons sur place.

Lorsque je me remets en route, je parcours à nouveau vergers et vignes. Les pelotes cotonneuses du chèvrefeuille et les feuilles rouge sang des cornouillers sanguins colorent les haies du chemin. Le parcours découvre la vallée de l’Yonne.
Au creux d’un vallon au milieu des vignobles, apparaît Irancy, l’un des plus beaux villages vignerons de Bourgogne.
Les vins d’Irancy sont très estimés et ont droit à l’appellation contrôlée de Bourgogne.
Le sentier ne pénètre pas dans le village. Il le contourne par une large avenue bordée d’arbres et remonte sur les coteaux. Horizon de vignobles où dans certains domaines commencent les vendanges. J’atteins une propriété où toute la famille est au travail.
Le sentier se perd aux abords d’un verger abandonné. Retrouvant une large piste, je descends en milieu ouvert entre les coteaux et j’entre dans la soirée à Cravant, au confluent de l’Yonne et de la Cure.
Viviane est là, à l’entrée nord du village. Nous traversons le bourg : vestiges de fortifications, tour de l’Horloge du XIVe siècle. Nous cherchons un endroit où passer la nuit.

Après quelques allers et retours, nous trouvons un camping à Vincelottes, sur les bords de l’Yonne et du canal du Nivernais.

Dimanche 28 septembre 2008 : Cravant – Bessy-sur-Cure.

A la sortie de Cravant, le sentier monte sur le coteau, en une pente assez forte sous forêt. Il chemine à travers bois et landes, retrouve des vignes. Par un large chemin d’exploitation, il descend vers l’ancienne route nationale 6 qu’il franchit, quitte la zone des vignobles pour aborder la vallée de la Cure. Cette vallée, voie de passage entre Auxerrois et Morvan, sera le fil d’Ariane que le GR 13 ne quittera pratiquement plus jusqu’au lac des Settons, en plein cœur du Morvan.
Le flottage du bois existait depuis l’Antiquité. La plus ancienne date connue du flottage à bûches perdues dans la région remonte à 1490. Provenant de la forêt du Morvan, les trains de radeaux de bois descendaient jusqu’à Paris. C’est en 1804 que le trafic fut le plus intense.
A l’entrée d’Accolay, je traverse la Cure et le canal. La construction du canal reliant la Cure à l’Yonne par Accolay, en 1850,  marqua la fin du transport fluvial par trains de bois depuis les ports de triage. Seules les péniches continueront encore, déjà concurrencées par le chemin de fer.

Après le village, je gagne les champs. Sur un large chemin, l’itinéraire pénètre dans le bois de Régny, longe la Cure sous forêt et atteint Bessy-sur-Cure. Un sentier rejoint le bord de la rivière et arpente la rive gauche, aire de promenade. C’est là que je retrouve Viviane et Oscar. Nous mangeons sur place au bord de la rivière, avant de repartir.

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Dimanche 12 avril 2009 : Bessy-sur-Cure – Blannay.

Nous avons passé la nuit dans un camping à Vermenton.

Le GR 13 et le GR 654 traversent Bessy-sur-Cure et s’éloignent à travers un sous-bois encore brumeux. Sous les frondaisons, résonne le chant du coucou.
Descente très raide dans un vallon, où il faut se retenir aux arbres. Des quads, derrière moi, empruntent malgré le danger le même parcours en descente et parviennent à remonter en sens inverse, maltraitant un peu plus le sol déjà érodé.
Je traverse Arcy-sur-Cure, je gagne le hameau de Val-Sainte-Marie-le-Haut où se situe le manoir de Chastenay. Dans les rues du hameau, des panneaux routiers fantaisistes : attention canards, attention chats, passage dangereux pour chats ! Affiches humoristiques d’informations. On y trouve un jardin avec les maisons du village en miniature. Un monument commémore la commune libre de Val-Ste-Marie-le-Haut, en 1789.  
Le sentier monte ensuite à travers champs, gagne un plateau boisé : point de vue sur les méandres de la plaine des Coulanges et la côte de Chair, promontoire rocheux de 60 m de hauteur, formé par des assises de calcaires coralliens et bathoniens. Au nord, les grottes d’Arcy, au sud les grottes de Saint-Moré, creusées dans les murailles calcaires jurassiques dominant le cours de la Cure. Elles furent peuplées dès le paléolithique, d’après les fouilles de l’abbé Parat, et la vie préhistorique y fut intense.
Le sentier descend alors dans la vallée. En face, dans la falaise creusée comme un gruyère, les grottes de Saint-Moré où vient buter la Cure offrent un spectacle grandiose. La flore des falaises présente des stations d’espèces méditerranéennes tout-à-fait inédites pour la Bourgogne.
Une route au long de la rivière mène à Saint-Moré. Viviane m’y attend. Nous mangeons dans le fourgon, au soleil, sur le bord de la rivière. Les trilles mélodieux d’un rossignol dans la haie me réveillent de ma sieste.

Je reprends ma randonnée, traverse le village et monte sur un plateau. Je contourne bientôt les murailles du camp de Cora. Ce site a servi aux populations néolithiques aux âges du bronze et du fer. Un poste gallo-romain y subsista. On remarque le soubassement du mur en arêtes de poisson.





Le chemin de randonnée descend en sous-bois que tapisse un parterre d’anémones sylvies.
J’atteins Lac Sauvin. La rue principale est partagée entre cette commune sur le côté droit et La Jarrie, un hameau de Saint-Moré, sur le côté gauche.
Poursuite de l’itinéraire entre champs et bois. Près d’une cabane de chasse où je fais une pause, le GR 654 se sépare du GR 13.
Il me reste pour aujourd’hui à gagner Blannay où je retrouve Viviane et Oscar à la sortie du village.

Nous passons la soirée et la nuit dans un camping à Saint-Père, au bord de la Cure.

Lundi 13 avril 2009 : Blannay – Saint-Père.

Aujourd’hui est un jour férié. C’est le lundi de Pâques.
A la sortie de Blannay, avec le fourgon, nous franchissons la Cure pour atteindre Givry.
Je me mets en route à 10h. La brume gomme le paysage. Le chemin rejoint le Cousin, un affluent de la Cure, près des ruines du moulin d’Argent. Il chemine vers l’est dominant la vallée parmi les vergers et les haies en fleurs. Délaissant une variante qui se dirige vers Avallon, le GR 13 bifurque, grimpe entre deux buttes boisées, descend sur Domecy-sur-le-Vault, blotti dans un vallon. Il grimpe à travers bois et cultures, arrive dans des landes. Il côtoie quelques vignes.
Vue sur la colline de Vézelay, face aux monts du Morvan. C’est un des hauts lieux de Bourgogne, la « colline éternelle », un des pèlerinages les plus importants de la chrétienté, une des voies historiques du pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle que retrace le GR 654.
Une course de VTT a lieu dans les parages. Et de fait les vélos commencent à affluer sur le chemin.
Au hameau de Nanchèvre, le GR pénètre dans le parc naturel régional du Morvan. Par un chemin herbeux entre deux murs de pierres, il rejoint la vallée de la Cure et entre dans Saint-Père. Viviane m’y attend à 13h. Il ne faut pas s’attarder, car les VTT se font de plus en plus nombreux.


Après avoir mangé dans le camping-car sur les bords de la Cure à Asquins, nous rentrons dans l’après-midi à Saint-Fargeau.

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Dimanche 17 mai 2009 : Saint-Père.

A 17h30, nous nous installons au camping de Saint-Père, au bord de la Cure. Le soleil fait son apparition dans la soirée. Nous mangeons toutefois à l’intérieur du camping-car.
Quelques petites sorties avec le chien, aux abords du camping où un camp de forains s’est installé. Oscar ignore superbement une petite biquette qui, elle, s’intéresse fortement à lui.
Lors d’une sortie dans une prairie environnante, à la tombée de la nuit, résonne le chant de la courtilière (la taupe-grillon), un long roulement ininterrompu…

Lundi 18 mai 2009 : Saint-Père – Saint-André-en-Morvan.

On acquitte la nuitée en glissant notre obole dans une boîte à lettres à l’entrée du camping.
A 9h30, je traverse Saint-Père. L’église Notre-Dame du XIIIe siècle présente un beau porche de style flamboyant d’une remarquable élégance. Une vraie dentelle !
Le GR 13, qui a retrouvé brièvement le GR 654 en provenance de Vézelay, passe devant un lavoir et s’élève sur les pentes du mont Libœuf, parmi les champs et les vignes. Sur la colline de Vézelay, 10h sonnent à la basilique Sainte-Madeleine. En plein milieu d’un champ de colza, le GR 654 poursuit son chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle…
Le GR 13 gagne et traverse Foissy-lès-Vézelay. Devant un vieux pigeonnier, il bifurque et monte dans les prés.

Les premières avancées du Massif central et du Morvan succèdent aux dernières ondulations du Bassin parisien. La transition est douce entre les collines calcaires et les monts granitiques.
Poste avancé du Massif central (sa pointe extrême nord-est), le Morvan est une île de granite qui émerge au cœur de la Bourgogne calcaire. D’ailleurs cette île en fut vraiment une, pendant l’ère secondaire, au jurassique.
Pierre-Perthuis : c’est la faille, le granite. Tout change. La Cure sort des gorges, encaissée dans un écrin rocheux.
Sur les vestiges d’un château fort du XIIe siècle à la porte fortifiée, une épitaphe : « Au maréchal de Vauban, seigneur de Pierre-Perthuis ». Nous sommes en effet au pays de Vauban, à proximité de Saint-Léger où il est né, et de Bazoches où il a vécu.
Le GR descend au fond de la vallée, emprunte un vieux pont datant de 1770 qui traverse la Cure au pied d’une falaise granitique. Le lieu est enchanteur. 



L’itinéraire remonte la rive droite de la rivière le long d’escarpements rocheux, contourne l’ancien moulin de Gingon, traverse un ruisseau et atteint le barrage de Malassis. Il monte dans les bois sur un plateau, domine la vallée (beau panorama sur le village en contrebas) et enfin descend jusqu’au pont sur la rivière à l’entrée du village de Cure.
Je retrouve Viviane de l’autre côté du pont. Nous allons nous garer au beau point de vue où je suis passé auparavant.

Après le repas et la sieste, je continue mon chemin à 15h30 dans les collines ondoyantes du Nord-Morvan. Les prairies, où paissent les blancs charolais, où stridulent les grillons champêtres, sont enserrées de haies.
Le sentier de grande randonnée traverse le ru des Riots sur une passerelle et, à hauteur d’un barrage EDF, pénètre dans le département de la Nièvre. Il s’engage dans un chemin aux ornières inondées, gravit une côte qui mène à Saint-André-en-Morvan.
Au bas du village m’attend Viviane près du pont sur la Cure. Des bergeronnettes des ruisseaux sautillent de rochers en rochers dans le lit de la rivière.

Nous allons passer la soirée et la nuit au camping de Vézelay, face au Morvan.

Mardi 19 mai 2009 : Saint-André-en-Morvan – le Vieux Dun.

Saint-André-en-Morvan. La place de l’église avec sa fontaine forme l’essentiel du village. L’église aux alentours enherbés renferme une curieuse Nativité que l’on ne pourra pas voir puisque l’édifice est fermé.
L’itinéraire blanc et rouge passe devant un lavoir, descend vers le ruisseau du Saloir. Un moulin aujourd’hui en ruine avait séduit le peintre Corot qui le reproduisit sur un de ses tableaux.
Sur une passerelle vermoulue, le sentier retrouve le département de l’Yonne. Montant à travers bois puis cheminant entre les prés, il contourne une belle mare. Parmi la roselière et les nénuphars, coassent les grenouilles vertes.
Je traverse quelques hameaux de Chastellux-sur-Cure et pénètre à nouveau dans la Nièvre, à la jonction avec le GR de pays Tour du Morvan. Je chemine entre lisières et prairies.
Les genêts sont en fleurs. Des réseaux de fils soyeux tissés dans les haies d’aubépine sont les cocons dans lesquelles ont hiverné les chenilles des papillons hyponomeutes. Elles y vivent encore jusqu’à la métamorphose.
Par une pente abrupte, le sentier dévale sur le lac du Crescent, une retenue utilisée pour la production d’énergie électrique et la régularisation du débit de la Seine. C’est ensuite la grimpée vers Marigny-l’Eglise, dont on aperçoit le clocher de fort loin. J’y retrouve Viviane à 12h40.

Nous cerclons en voiture dans la région avant de trouver un endroit au bord du lac pour nous arrêter. Nous laissons Oscar se baigner, avant que des pêcheurs ne s’installent…

Je reprends mon chemin.
Après le hameau de Crottefou, je gagne un moulin restauré où sur une passerelle je traverse la Cure. Ici la rivière devient plus torrentielle. Au gîte d’étape de la Chaume-aux-Renards, le GRP Tour du Morvan délaisse le GR 13. Une pie-grièche écorcheur s’envole de buisson en buisson dans une friche en bordure de forêt. 


Le paysage change. Les sapins apparaissent sur les hauteurs. Dans le Morvan des lacs, l’altitude croît et les rivières sont plus vives…
En pleine forêt, je découvre le petit étang des Rollets où percent quelques rayons de soleil. Une grosse tanche, hôte des eaux calmes et riches en végétation, nage lentement sous la surface.
Un peu plus loin, le ruisseau de Saint-Marc serpente dans les prés. Après une dernière montée sous les arbres puis entre deux haies, je retrouve à 17h50 Viviane au Vieux Dun, un hameau bâti sur une arête (481 m) où jadis s’éleva un oppidum des Eduens.

Cherchant un endroit où passer la nuit, nous arrivons à 18h30 au petit camping municipal de Saint-Brisson, au bord de l’étang Taureau.

Mercredi 20 mai 2009 : Le Vieux Dun – vallée du Vignan.

Le GR 13 chemine à travers prés. Un traquet pâtre, perché bien droit sur une ligne téléphonique, émet un cri d’alarme ; un lièvre me précède sur le chemin jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il est suivi…
Je passe au Champ Reboyleau, là où un éperon barré, premier poste de défense, protégeait l’accès à l’oppidum gaulois.
Après Bonaré, je descends vers la Cure, remonte la rive gauche et atteins un hôtel-restaurant sur la D6 au Pont du Montal. Je grimpe ensuite par une pente raide sur une hauteur à 630 m et gagne la M.F. (maison forestière) de Breuil, aujourd’hui gîte d’étape. Un parc de vision clôturé avec un observatoire permet d’apercevoir des daims.
J’emprunte une route forestière et un chemin d’exploitation jusqu’à la vallée du Vignan. C’est un site aménagé fréquenté par les pêcheurs.
J’y retrouve Viviane à 12h50. Oscar se baigne dans le ruisseau et nous mangeons dans le Boxer. Après quoi je fais une sieste. Le soleil commence à cogner…

L’après-midi, nous allons visiter la Maison du parc du Morvan, à Saint-Brisson : jardin botanique, sentier de découverte de l’étang Taureau, musée de la Résistance, Maison des hommes et des paysages.
Nous sommes de retour au camping de Saint-Brisson à 17h45.

Jeudi 21 mai 2009 : Vallée du Vignan – lac des Settons.

Depuis la vallée du Vignan, le GR 13 grimpe sur la crête par une laie forestière en pente raide. Il s’abaisse ensuite en palier pour rejoindre le chemin de Dun à Gouloux. Quittant la forêt, il emprunte une piste bordée de haies.
Bientôt il parvient au Saut de Gouloux, une cascade dans un petit cirque naturel, un trou de verdure et de fraîcheur. Je fais une pause, le temps de prendre une photo et de manger une pomme.


A Metz-Garnier, un hameau de Gouloux, je passe devant le « musée vivant de la Saboterie » où l’un des derniers artisans du département réalise des sabots. On peut en acheter, ainsi que des objets de boissellerie.
Le temps s’est couvert. Un crachin timide s’essaie à mouiller le tee-shirt, sans suite. Sur route, puis sur sentier par endroit inondé, l’itinéraire se poursuit jusqu’au lac des Settons (580 m).
Ce fut le premier lac créé dans le Morvan en 1858 pour le flottage du bois, sur la Cure. A jour déterminé, on procédait à la débâcle qui déclenchait le flot. Tout au long des rivières, on trouvait des hommes qui empêchaient les bois de s’accumuler ou de s’accrocher aux rives. Les fûts rejoignaient les ports de triage avant d’être acheminés jusqu’à Paris.
C’est le plus aménagé des lacs morvandiaux et, grâce à ses infrastructures, un peu trop fréquenté à notre goût. Nous cherchons à manger dans le restaurant au dessus duquel débouche le GR. Mais il y a trop de monde, en ce jeudi férié de l’Ascension.

Après quelques essais infructueux, nous mangerons dans le Boxer en cours de route près du lac de Chaumeçon avant de rentrer à Saint-Fargeau.

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